Billet

Janvier 2011
Permettez-moi de vous conter l’histoire de l’impression typographique (letterpress) et d’expliquer pourquoi chez Badcass nous sommes sous le charme de son sourire ravageur.

Erreurs de genèse
Ce procédé d’impression naquit vers 1455 en Europe, le père du bébé s’appelle Johannes Gensfleisch (aka Gutenberg), un allemand qui a vécu quelques temps à Strasbourg pour retourner en Rhénanie peaufiner ses travaux avec la ‘mère’ du bébé, le jeune Pierre Schoeffer qui de son côté trouva l’alliage de la matrice composé de plomb, d’antimoine et d’étain. Le fer précédemment utilisé pour fabriquer les lettres étant un peu trop dur sous la pression pour donner des résultats convaincants, ce nouvel alliage s’avéra à l’instar du matelas idéal ; ni trop dur, ni trop mou.

Mais il serait injuste de laisser la paternité de l’impression typographique aux allemands en clamant haut et fort que Gutenberg est l’inventeur de l’imprimerie car cet avis, profondément ancré dans les esprits, n’est guère partagé en Asie où les premiers textes reproduits par xylographie (impression de feuillets entiers à l’aide de planches gravées) ont vu le jour plus de six siècles auparavant et où les premières impressions typographiques sont antérieures de plus de quatre siècles. L’Orient connaît les caractères mobiles et les presses à vis servent à faire des impressions sur tissus en Occident : le mérite de Gutenberg est de comprendre l’intérêt de la mécanisation du procédé d’imprimerie, couplé à l’usage du papier. Un développement donc plus qu’une invention pure, un peu comme les américains et Internet (des millions de serveurs) alors qu’en France existait déjà le Minitel (un serveur centralisé).
(On reviendra plus en détail dans un dossier à venir sur l’histoire de l’écriture et de l’imprimerie).

L’histoire était écrite et l’impression typographique venait de signer un contrat de travail de quelques siècles car si l’impression offset – basée sur le principe de la lithographie apparue vers 1796 en Allemagne – allait reprendre sa revanche au milieu du xxe siècle, c’est bien la typographie qui, mécanisée à souhait, deviendra le fleuron de l’imprimerie.

Du plomb dans l’aile ?

Alors pourquoi et comment l’impression typographique a-t-elle laissé progressivement la place à l’impression offset ?
C’est un certain Ira Rubel en 1904 qui découvre l’offset (de l’anglais set off qui signifie ‘reporter’ : procédé de répulsion des encres grasses et de l’eau) en s’apercevant par hasard que l’image utilisée en lithographie peut être transférée sur un cylindre de caoutchouc puis sur papier sans aucune détérioration.
Il faudra alors attendre plusieurs années avant de constater l’égémonie de l’impression indirecte aux dépens de l’impression directe plus contraignante.

Pourquoi cette éviction de la typo qui, tel Johnny Halliday surfant sur les modes, a accompagné l’industrialisation en répondant aux nouveaux dictats de cette dernière : rapidité, productivité, volumes croissants etc … ?
Force est de constater, progrès aidant, que la productivité est incomparable entre la première bible des hommes imprimée à l’huile de coude sur une presse manuelle par Gutenberg en 3 ans à 180 exemplaires et la bible des meubles (catalogue IKEA) imprimée en 1951 en quelques jours à 250 000 exemplaires …
Et là vous allez me dire « Mais attends, tu dis n’importe quoi là, la bible de Gutenberg contenait deux volumes de 319 et 324 feuillets chacun alors que le premier catalogue Ikea que 4 pages ! »
Hé hé, c’est vrai mais on a tout de même d’un côté 3 ans de production pour 115 740 pages pour la bible et de l’autre quelques jours pour 1 million de pages pour le catalogue suédois.
(silence)
Grrr … arrêtez de réfléchir quand vous lisez un blog sur internet, on sait très bien que le principe c’est que n’importe qui peut écrire n’importe quoi …
Et puis si j’avais dit pour vous impressionner un peu plus encore que le catalogue Ikea est tiré à 160 millions d’exemplaires en 2005, je servais la soupe à l’offset alors que je tiens surtout à vanter le charme de la typo, j’essaye simplement de dire que l’impression typographique a tenu tout de même quasi 5 siècles et qu’elle est toujours vivante. Souhaitons lui la carrière en dents fines de la fourchette qui est apparue à l’Antiquité et qui continue aujourd’hui son rôle d’outil à chacun de nos repas.

Aparté :
(Ce que ça peut-être fatigant d’anticiper les polémiques en démontant soi-même ses propres arguments au risque de passer pour un schizophrène ; résultante logique de l’attitude oxymoronique propre à l’autodérision fictionnelle.)
Fin d’aparté.

Mais revenons à nos mous plombs, l’impression typographique dans les années 1880 pointait au firmament, on n’était plus obligé de se farcir la composition des formes typographiques à la main et au composteur (la fameuse réglette à coulisse qui accueillait lignes et interlignes) et ce, grâce à l’allemand Ottmar Mergenthaler qui inventa la linotype sur le sol américain. Sa machine permettra alors de composer les lignes sur un clavier et de fondre ensuite tous les caractères en une ligne complète, d’où son nom issu de « Line of Type ». La cadence de composition grimpe à 8000 caractères à l’heure. C’est à dire en gros dans les 200 lignes de l’heure et comme dirait Jean-Luc Delarue, c’est pas mal du tout.
Pendant ce temps, côté machine d’impression, le développement avait suivi son cours, en 1812 l’allemand Friedrich Koenig inventait la presse cylindrique, remplaçant ainsi la presse plane en augmentant la productivité, ce qui permettra au journal londonien The Times l’impression de 1000 pages à l’heure. De son côté, l’Américain Richard Hoe construit à Philadelphie en 1846, la première presse rotative.
L’imprimerie explose. L’ère industrielle est en marche. Les livres suivent.
En 1900, on compte plus de 8 millions d’éditions, 10 000 titres par an rien que pour la France.
Et c’est parti pour plus de 50 ans de saturnisme pour les ouvriers du Labeur …

C’est en 1954 qu’apparaît une machine qui va conduire petit à petit l’impression typo sur une voie de garage : la Photon 2000. Première photocomposeuse électronique. Elle s’inspire du principe de l’offset pour préparer la page que l’on va mettre sous presse. Un disque comportant les matrices des caractères en négatif se positionne par rotation, selon le texte saisi au clavier, sous les éclairs lumineux d’un stroboscope qui impressionne le papier photosensible. Un jeu de lentilles permet de générer des tailles variables de caractères.
Le concept principal de la photocomposition est ce disque couplé à une optique variable. Les autres éléments des systèmes de photocomposition évoluent par la suite pour obtenir de meilleures performances. La saisie et le stockage des textes, par exemple, sont progressivement confiés à un ordinateur spécialisé.
La base plomb est alors plombée par le Basic.

Dans les années 70, les parcs de machines typographiques cèdent progressivement la place aux machines offset tandis que les conducteurs de machines se laissent pousser les rouflaquettes. La plupart des imprimeries conservent quelques machines pour continuer à exécuter les ‘travaux de ville’ (cartes de visite, invitations …), et surtout les tâches qu’une machine offset n’est pas capable de faire (découpe). Mais les machines offset ont su reprendre rapidement à leur compte quelques techniques qui étaient encore l’apanage de la typo avec l’apparition de blocs de numérotation, rainages et perforations adaptés à ces nouvelles machines.

Lésé-pour-compte
L’impression typographique s’est vue alors – quand elle n’a pas été tout simplement abandonnée – majoritairement réduite à exécuter des travaux de façonnage (découpe, rainage, perforation …) car après tout ces vieilles machines réputées increvables pouvaient continuer à rendre service à moindres frais puisque depuis longtemps amorties. Certaines, avantageusement équipées de systèmes de dorure à chaud ont su trouver leur place dans le luxe et autre travaux adaptés à cette technique (étiquettes de bouteilles, packagings spécifiques pour les flacons etc …). Le gaufrage uniquement possible dans le cadre d’une impression directe (donc impossible en offset) continuera son petit bonhomme de chemin.

Les clichés photopolymères reposent sur le même principe photosensible que la fabrication d’une plaque offset (le relief en plus) : un film en argentique – issu de nos jours d’un flashage d’un fichier numérique – insolé puis développé. Ces clichés éviteront le recours au plomb pour la création de formes typographiques ce qui empêchera de reléguer définitivement ce procédé d’impression ancestral aux musées de l’industrie puisque le procédé est encore utilisé de nos jours.
C’est ce que nous utilisons dans notre atelier. Avantage : leur développement à l’eau n’est pas polluant. D’un point de vue écologique la chimie nécessaire en amont pour faire les films destinés à la fabrication des clichés est traitée par des filières spécialisées et si nos papiers ne sont pas tous 100 % recyclés ils sont très majoritairement issus de bois de forêts gérées durablement (labels PEFC et FSC) quant à nos encres, elles sont végétales.

Mais hélas, depuis les années 1980/90, les encriers des presses typographiques prennent la poussière, les rouleaux dorment sur leur râtelier et les pinces typo s’habillent de rouille car même les travaux de ville sont désormais réalisés en offset, proposant au passage des impressions en quadrichromie à des prix de plus en plus raisonnables.
On peut comprendre alors que l’impression typographique devienne obsolète face aux avantages de l’offset, tout du moins d’un point de vue économique ; plus facile, plus rapide donc plus rentable.

En effet, l’offset et son principe d’impression indirecte (textes à l’endroit sur la plaque reportés à l’envers sur le blanchet en caoutchouc puis finalement à nouveau à l’endroit sur le papier) permettent d’oublier les principaux soucis que génère l’impression directe de la typo (une forme de textes en plomb ou polymère à l’envers reportée à l’endroit sur le papier). Mécaniquement il n’y a pas photo, vous aurez plus rapidement une pression homogène sur l’ensemble de la feuille de papier en offset, là où en typo on doit retrousser les manches et intervenir sur la « mise » qui habille par exemple la platine sur une OFMI (la célèbre presse à platine Heidelberg) pour équilibrer la pression sur l’ensemble de l’imprimé, ce qui induit une intervention minutieuse et parfois laborieuse de la part du conducteur de la machine. C’est là que le savoir-faire s’exprime.
Techniquement il n’y a pas photo non plus, en offset l’impression de trames et de quadrichromie bénéficient d’une bonne résolution et donc d’une reproduction aisée, là où la typo est handicapée physiquement d’une part par le fait que les presses n’impriment qu’une seule couleur à la fois alors qu’en offset on peut aligner sur une même machine plusieurs groupes de couleurs (4, 5, 6 et plus encore, recto/verso …) et d’autre part par la reproduction limitée de la résolution des trames.
En bref, il est plus facile et rapide d’imprimer en offset avec un résultat plus fidèle des trames reproduites.
Ces raisons sont-elles suffisantes pour enterrer définitivement l’impression typographique?
Que nenni !

Résurrection de la tangibilité
Chez Badcass on pense que l’impression typographique n’a pas imprimé son dernier mot. Elle marque encore quelques bons points qui méritent qu’on la sorte du placard où la productivité a voulu la ranger. D’ailleurs le letterpress connaît un renouveau aux Etats-Unis ces dernières années grâce à la passion d’allumés dans notre genre qui pensent qu’on peut avoir du plaisir à suer sur des machines qui ont l’âge de nos mères voire de nos grand-mères.

1)- Le toucher : comme nous l’avons vu, l’offset permet une meilleur répartition de la pression (blanchet caoutchouc) du report de la forme (plaque) sur le papier, plus de problème de ‘foulage’ sur le papier comme en typo (terme qui désigne l’apparition de légers reliefs au verso, empreintes dû à un excès de pression au recto). Il est clair qu’un bon conducteur typographe élevé en plein air considère le foulage comme l’outrage a éviter par excellence.
Cependant la demande est là. Peut-être pour accentuer sa différence avec l’offset … même si je pense qu’il n’y a pas besoin d’excès de pression pour apprécier le letterpress. Toujours est-il que : ce qui était considéré comme un défaut il y a 30 ans et aujourd’hui apprécié comme une marque de fabrique. De mon côté en tant que conducteur typographe un tantinet puriste de formation (et conducteur offset un tantinet blasé après 14 ans d’expérience), j’admets volontiers que sur un papier de 500 g – le foulage étant un peu contenu au verso – le résultat peut être perçu comme flatteur. Et puis un gaufrage a toujours empêché l’impression au verso : pourquoi ne pas céder cette contrainte à la volonté de marquer en pression la surface d’un papier …
Personnellement, j’ai toujours préféré en tant que motard, un vieux bicylindre qui tremble à un 4 cylindres lisse, j’aime la vie des objets pas les sans-fautes.
Alors admettons-le : l’excès de pression au recto a son charme, sentir du bout des doigts les creux de l’empreinte laissée par la pression ajoute au concept (abstrait) de la composition graphique, le percept (concret) de l’imprimé augmentant ainsi le nombre de sensations. Une impression profonde pour une sensation elle-même définie comme une impression, aux sens propres comme aux figurés voilà qui comble les attentes d’une bonne communication : établir une relation de façon sensationnelle.
Si dans le cadre d’une impression recto/verso on évitera naturellement l’excès de pression au recto qui pourrait parasiter l’impression au verso, pourquoi ne pas profiter d’une sensation supplémentaire dès lors qu’il s’agit d’une impression au recto seul ? D’autant que – comment précédemment dit – sur des papiers très épais (500 ou 600 grammes) et tendres (riches en cellulose ou mieux encore en coton), l’effet de foulage est amoindri.

Notons également que la profondeur d’impression accroît les effets de lumière tels que les ombres, ce qui rend l’imprimé moins statique dans sa perception. Chez Badcass, nous appelons cette technique le débossage (le contraire d’embossage/gaufrage).


Sur cet exemple le rouge est ‘débossé’ ce qui donne un effet creux sur la cerise, et un effet relief sur les textes en réserve sur l’aplat (NEW YEAR)

2)- Le relief : nous avons vu que la pression marque en creux le papier, mais elle peut surtout le marquer en relief. Le gaufrage ou embossage permet de créer des formes en relief sur la papier sur le principe de l’emboutissage. Cette technique n’est possible qu’en impression directe, les presses typographiques sont donc les parfaits outils pour son application.
Plus spectaculaire et moins sujet à controverse encore que le creux, le relief via un gaufrage peut être de plusieurs niveaux, c’est la classe absolue de pouvoir rendre matériellement en 3D un texte, un motif/illustration emprisonné dans sa 2D originelle (conception sur un écran).


Exemple de gaufrage du mot ‘badcass’, ici en revanche les étoiles sont ‘débossées’

3)- Les couleurs : il est vrai que réaliser une quadrichromie en typo est plus laborieux qu’en offset, moins fidèle aussi de par la limite de résolution de reproduction des tramés mais il faut en avoir vu une pour juger de son cachet délicieusement rétro. Mais qu’importe, de toute façon le champ d’action qu’offre le recours aux traits (texte, illustrations, motifs …) et les couleurs en ton direct (or et argent compris) est suffisamment grand pour s’exprimer de façon très créative.
Que se soit en typo ou en offset, une idée, un concept n’est valorisé que par la maîtrise de l’impact final et non par la modernité de la technique employée ou son degré élevé de réalisme de reproduction. Le recours à la quadrichromie en haute résolution ne sauvera pas une photographie sans intérêt, de même que la couleur ne sauvera pas une mauvaise composition ou encore une belle police une mise en page maladroite. Le letterpress ne fait que sublimer la composition de l’imprimé là où l’offset se contente de la reproduire le plus fidèlement possible.
Alors oui on peut réaliser une belle quadrichromie en offset avec une belle mise en page mais dès lors qu’il s’agit de traduire des couleurs autres que primaires, le ton direct n’a pas son pareil. Comparez un aplat gris en quadrichromie (noir tramé) et un aplat gris en ton direct (aplat de couleur grise) et vous comprendrez ce que je veux dire.
Certes rien n’empêche d’avoir recours aux tons directs en offset … ah si ! Le coût de la productivité, en typo on a pas le choix alors non seulement on s’en accommode mais en plus on se doit de l’exploiter.
Et puis n’oublions pas que l’offset repose sur un système de mouillage qui tend à affaiblir légèrement les couleurs, en typo la pression est directe, pas d’intermédiaire en caoutchouc, pas d’eau pour délaver les couleurs, l’encre est directement plaquée avec force sur la surface du papier.

4)- Les papiers : certes l’offset propose d’imprimer un grand choix de papiers mais les presses typographiques dépourvues de margeurs à nappe sont encore plus souples en tolérance face aux exigences de certains papiers telles que l’épaisseur : aucun problème pour alimenter une presse à platine avec du 600 grammes là où l’offset peut jeter rapidement l’éponge, ou telles que la rigidité : les machines offset imposant le passage par des cylindres … Une presse typographique à platine est capable d’imprimer des papiers fragiles tels que des buvards de gros grammages dont la surface éclate à la moindre flexion, de même qu’elle est apte à gérer l’impression de papier de formes autres que carrées ou rectangulaires (ronds, formes complexes etc …).
De fait, en typographie on est capable de passer quasiment n’importe quel type de papier en machine, avec l’avantage -contrairement à l’offset qui use d’eau – de ne pas modifier l’allongement des papiers sensibles, ce qui permet par exemple de toujours bénéficier d’un bon repérage des différentes couleurs malgré plusieurs passages en machine.


Détail du repérage d’un tirage en 5 couleurs – ici 3 visibles – sur un papier de 500g, l’allumette donne une idée de la précision sur un texte en corps 5 en réserve dans un aplat.

L’offset pourrait bientôt sentir l’odeur du sapin
L’offset continue de bénéficier des progrès technologiques : notons la disparition progressive depuis 1995 du support film et donc dans la chaîne de fabrication des postes de flashage (passage du contenu du fichier numérique à l’état de films transparents), monteur offset (montage en repérage des films), de copiste (insolation des plaques), au profit du CTP (Computer To Plate) qui permet de graver directement la plaque offset à partir d’un fichier numérique sans passer par le flashage/montage/insolation de films de fait devenus caduques.

Mais l’offset pourrait bien avoir une durée de vie ridicule en regard de celle de la typo …
Le développement de l’impression numérique risque à terme de mettre à son tour l’offset sur une voie de garage. Après des débuts qui firent ricaner dans les milieux de l’imprimerie vieille France, l’impression numérique avec ses machines très chères, ses tramés pas toujours convaincants (litote), ses consommables hors de prix (le toner) laissa flotter un parfum de scepticisme quant à une éventuelle révolution technologique de l’imprimerie. Pourtant l’impression numérique continue ses avancées (encre liquide en remplacement du toner), résolution toujours plus grande pour un rendu toujours plus soigné. On peut facilement imaginer qu’elle finira par croquer l’offset un jour ou l’autre. Chez Badcass, nous ne sommes pas des extrémistes du lettterpress au point de ne pas voir que le mariage de l’impression numérique et de l’impression typogaphique peut être une solution idoine dans certains cas, notamment les petits tirages comme un faire-part de naissance sur lequel généralement les jeunes parents enivrés de bonheur souhaitent voir figurer un portrait de leur enfant (en quadri pour le coup), désir légitime qui tend à prouver que ‘hé oui il a les yeux fermés de son père et les cheveux non définis de sa mère’.

Epoque pas très épique
L’imprimerie traverse une période difficile, l’imprimé a subit quelques revers depuis les années 2000, ce véhicule d’information doit désormais partager sa place dans la publication (communication et édition) avec les supports numériques et la démocratisation de l’informatique et de ses périphériques, l’annonceur use des réseaux numériques (internet, affichages digitaux etc …) tout comme le particulier de son côté s’improvise imprimeur pour ses besoins personnels (il dispose de logiciels de publication, de scans et d’imprimantes de plus en plus performantes …).
Conséquence : les tirages sont en baisse.
Les imprimeries locales doivent en plus dans ce climat morose faire face à la concurrence des imprimeurs virtuels qui proposent via leurs sites des services d’impressions à vils prix. On imagine facilement la fabrication de ces imprimés dans des pays meilleur marché que le nôtre par de braves bougres mal payés …
Graphisme commun pour tout le monde compris, rentrez dans la petite boîte qu’on vous a préparée et retournez regarder la télé. Ceci dit dans la plupart des cas, la qualité et le service sont à la hauteur des tarifs proposés c’est à dire à peine plus haut que les pâquerettes.
Peut-on sous prétexte d’économie, céder aux sirènes du discount et laisser le ‘vite fait/mal fait’ déprécier son image ?
Que nenni !

Conclusion : l’impression chic
Une carte de visite ou de correspondance plus qu’un simple support de coordonnées est une représentation de soi, une trace effective qui résume en un coup d’œil et d’une prise en main votre personnalité, votre professionnalisme.
Les invitations, les faire-part, les vœux véhiculent la politesse et le respect et doivent refléter le prestige à la hauteur de l’événement qu’ils annoncent.

C’est pour toutes ces raisons que Badcass renoue avec l’impression typographique, s’adonne à la dilection du letterpress, plus attirés que nous sommes par l’artisanat que par la productivité aveugle, le qualitatif plutôt que le quantitatif, l’objet plutôt que l’exemplaire, l’expérimentation et l’originalité plutôt que la norme et la facilité, animés par le désir de remettre au centre de l’imprimé la force et le sens de la composition, l’impact des couleurs, le toucher des papiers, résolus à partager l’enthousiasme que révèlent les sensations visuelles et tactiles des reliefs et l’authenticité de la frappe, à s’épanouir dans la créativité au travers de l’exploitation des contraintes, décidés à faire redécouvrir le parfum de la mécanique d’antan, le labeur et ses gestes, le temps, la passion et la vie.

Posté par Philippe Gully